COMMUNIQUE DE PRESSE - La droite et l’extrême droite s’allient pour détricoter une gestion efficace et humaine de la migration en Europe.

Aujourd’hui en commission des Libertés Civiles, de la Justice et des Affaires Intérieures (LIBE) du Parlement européen, les groupes de droite et d’extrême droite se sont alliés pour détricoter des éléments essentiels du pacte Asile-Migration voté en avril 2024, qui permettaient une gestion plus efficace, plus humaine et plus équilibrée du défi migratoire.

Le texte portant sur le concept de « pays tiers sûr » et le texte établissant une liste de « pays d’origine sûrs » ont été adoptés ce soir, à la faveur d’une alliance entre le groupe PPE et les groupes d'extrême droite (Pfe, ECR et ESN).

Ces deux textes ne respectent pas l’esprit du pacte Asile-Migration et bafouent les principaux piliers sur lesquels il repose : la responsabilité, la solidarité entre les États membres et le respect des droits humains. En cela, ils représentent un risque de voir des principes majeurs de l’UE remis en cause et un dévoiement de la politique européenne d’asile

« Pays tiers sûr »

Ce texte externalise la gestion de la migration hors des frontières de l’UE. Ainsi, un migrant arrivé dans l’UE peut être renvoyé dans n’importe quel pays tiers, avec lequel il n’a aucun lien. Cela présente un risque majeur d’instrumentalisation des migrants par le pays en question, sans possibilité de contrôle par l’Union européenne du respect des droits fondamentaux.

Par ailleurs, le fait de renvoyer les migrants vers des pays avec lesquels ils n'ont aucun lien présente un fort risque de voir ces migrants revenir dans le pays qu'ils ont cherché à atteindre. Il s'agit d'une mesure inefficace, qui ne règle en rien le défi des retours.

Ainsi, le concept de pays tiers sûrs va complètement à l’encontre d’une gestion humaine, européenne et efficace du défi migratoire. L’externalisation ne peut pas et ne doit pas remplacer un système européen d’asile efficace.

 « Pays d’origine sûrs »

Le règlement Pays d'origine sûr permet aux États membres d’examiner en procédure accélérée la demande d’asile d’un ressortissant provenant d’un pays d’origine sûr.

Je m’oppose à l’intégration de plusieurs pays (Bangladesh, Colombie, Tunisie et Egypte) dans cette liste de pays d'origine sûrs car la situation des droits humains dans ces pays est mauvaise.

Au Parlement européen, la droite elle-même a voté deux résolutions condamnant le terrorisme en Colombie et la répression des opposants politiques en Tunisie. Aujourd’hui, elle considère ces pays comme sûrs. C’est au mieux incohérent, au pire cynique.

Par ailleurs, si je soutiens l'intégration des pays candidats à l’UE dans cette liste, tous ces pays ne peuvent pas être automatiquement considérés comme sûrs : la Turquie, où le pouvoir du président Erdogan ne respecte pas les droits humains ; la Serbie, où le gouvernement en place multiplie la répression des étudiants.

Pour toutes ces raisons, je considère que ces deux textes menacent profondément l’équilibre et l’esprit de la politique d’asile, construite au niveau européen en avril 2024, sans en améliorer l’efficacité.

Notre priorité doit être l'application du pacte Asile-Migration qui prévoit la mise en place de procédures d'asile justes, des contrôles aux frontières efficaces, et des retours effectifs.

Fabienne KELLER
Députée européenne
Coordinatrice du groupe Renew Europe en commission LIBE